« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

SAINTE CÈNE                                             N° 35
PENITENCE 

 

             JÉSUS-CHRIST, NOTRE SAINT SAUVEUR
   Jesus Christus, unser Heiland, der von uns Gottes Zorn ( 1524)

       Sankt Johannes Hus lied gebessert. Martinus Luther. –
      Le chant de Saint Jan Hus augmenté. Martin Luther.
                          (Klug 1533, 27b)

                                          alld : IV 8.8, 7.8, frs : IV 8.10, 8.9

                        Jean Hus - Martin Luther

                                                       Nombre                                                      Nombre
                                                      de notes                                                    de notes 

 

1. Jésus-Christ, notre saint Sauveur,     3      2

    Porta la colère du Créateur,                      2

    Souffrit dans son âme, son corps,             2

    Et nous sortit des liens de la mort.    2      2

 

2. Que chacun s'en souvienne encor :

    A manger il donne le pain, son corps,

    A boire il nous donne le vin,

    Son corps brisé et son sang très saint.

 

3. A la table qui veut venir,

    Celui-là d'abord doit se repentir,

    N'être point indigne de cœur :

    Pourquoi boire et manger son malheur ?

 

4. Tu loueras le Père Sauveur,

    Qui te place à table comme un seigneur.

    Pour nourrir ton âme, ton corps,

    Il a donné son Fils dans la mort.

 

5. Tu dois croire et n'en pas douter,

    Que, dans ce repas que tu vas goûter,

    T'est donné un médicament

    Qui guérit l'âme et le cœur souffrant.

 

6. Cette grâce, cette bonté,

    Un cœur assoiffé pourra les goûter.

    Un cœur orgueilleux perd son temps :

    Il n'obtiendra rien, rien ne l'attend.

 

 

7. Jésus dit : « Approchez-vous tous.

    Vous les faibles, je prends pitié de vous. »

    Le fort n'a besoin d'aucun soin :

    L'orgueil le perd, il meurt à la fin !

 

8. Si tu peux justice obtenir,

    Me faut-il encore pour toi mourir ?

    Cette table ne peut t'aider,

    Si tu dis que tu peux te sauver.

 

9. Si tu crois cela dans ton coeur

    Et confesses ta foi dans le Sauveur,

    La table dressée te nourrit :

    Tu es conduit par le Saint-Esprit.

 

10. Il naîtra de toi du bon fruit,

      L'amour du prochain, la paix qui produit

      L'entente et l'accord, la bonté,

      Espérance et foi, et la vérité. (pas d’Amen)

 

 

Jesus Christus, unser Heiland,             3     2

Der von uns den Gottes Zorn wandt,          4

Durch das bitter Leiden sein                       2

Half er uns aus der Hölle Pein.            2     3

 

Dass wir nimmer des vergessen,

Gab er uns sein Leib zu essen,

Verborgen im Brot so klein,

Und zu trinken sein Blut in dem Wein.

 

Wer sich will zu dem Tisch machen,

Der hab wohl acht auf sein Sachen ;

Wer unwürdig hinzugeht,

Für das Leben den Tod empfäht.

 

Du sollst Gott den Vater preisen,

Dass er dich so wohl wollt speisen

Und für deine Missetat

In den Tod sein Sohn geben hat.

 

Du sollst glauben und nicht wanken,

Dass’s ein Speise sei den Kranken,

Den’n ihr Herz von Sünden schwer

Und vor Angst ist betrübet sehr.

 

Solch gross Gnad und Barmherzigkeit

Sucht ein Herz in grosser Arbeit ;

Ist dir wohl, so bleib davon,

Dass du nicht kriegest bösen Lohn.

 

 

Er spricht selber: « Kommt, ihr Armen,

Lasst mich über euch erbarmen;

Kein Arzt ist dem Starken not,

Sein Kunst wird an ihm ein Spott.

 

Hättst du dir was konnt erwerben,

Was musst ich dann für dich sterben ?

Dieser Tisch auch dir nicht gilt,

So du selber dir helfen willt. »1

 

Glaubst du das von Herzensgrunde

Und bekennest mit dem Munde,

So bist du recht wohlgeschickt,

Und die Speise dein Seel erquickt.

 

Die Frucht soll auch nicht ausbleiben :

Deinen Nächsten sollst du lieben,

Dass er dein geniessen kann,

Wie dein Gott an dir getan.  (kein Amen)

 

 



1  « konnt » : forme archaïque et dialectale de « gekonnt », qui dans EG est orthographiée « ’konnt », pour signaler l’élision de la première syllabe. « Willt », forme archaïque et dialectale de « willst », employée par Luther à cause de la rime avec « gilt ». Ces formes archaïques, fréquemment conservées dans les dialectes, sont assez courantes dans la poésie allemande, car, en Allemagne, les formes dialectales et le Hochdeutsch voisinent, la plupart des gens parlant les deux. Pour cette raison, ces formes anciennes sont maintenues dans les cantiques.

 

Le texte

Les sources

Le texte de ce cantique remonte à plusieurs sources : d’abord un chant de Jan (Jean) Hus, le Réformateur de Bohème. L'édition de Luther de 1524 et celle de Klug en 1533, donnent le sous-titre suivant : « Das Lied S. Johannis Hus' gebessert - Le chant de saint Jean Hus amélioré », ce qui montre que Luther reprend ce chant d'un Préréformateur, qu’il considère en même temps comme un martyr en l’appelant « saint », mais il procède à des changements et des ajouts en fonction de sa propre théologie. Le mot « gebessert », que Luther emploie pour « Christ lag in Todes Banden » et « Komm Heiliger Geist, Herre Gott », au sens de « augmenté », se retrouve dans l’entête de ce chant. En fait, il semble que Luther n'ait emprunté que la première strophe de ce chant tchèque et que le reste soit essentiellement de lui. Les chants d'origine tchèque étaient connus en Saxe dès les premiers temps de la Réforme. Ils étaient nombreux. 1 En 1531, Michael Weisse édita le premier recueil des Böhmische Brüder - Frères de Bohème, contenant 157 chants, dont un certain nombre de textes et mélodies d'origine tchèque. Luther, qui connaissait le chant de Hus dans sa forme latine, l'a, dès avant 1524, repris et complété.

Une deuxième source, selon EG 215, provient du chant latin « Jhesus Christus nostra salus », de Jean de Jenstein, avant 1400, attesté à Hohenfurth en 1410. Là aussi, les emprunts à ce chant paraissent peu importants.

En revanche, il semble que Luther, sur cette base première, ait incorporé dans un chant les thèmes de ses prédications du temps de la Passion, en particulier celles des dimanche Invocavit, des Rameaux, et du Jeudi saint, de l'année 1524, et ceux d'une prédication sur la pénitence et le sacrement (= Sainte Cène) de la même année.

Les thèmes

Le chant vise à la préparation à la sainte Cène, mais il est aussi destiné à être chanté pendant la communion au pain, comme le « Sanctus allemand » et le « Gott sei gelobet ». Dans la Deudsche Messe de 1526, Luther stipule expressément : « Und die weyl singe das deutsche sanctus odder das lied : Gott sey gelobet oder Johans Hussen lied : Jhesus Christus unser heyland – et pendant ce temps (la communion au pain), qu’on chante le sanctus allemand ou le chant : Gott sey gelobet ou le chant de Jean Hus : Jésus-Christ, notre saint Sauveur » (99/5-16). En fait, le chant consiste en un vaste développement dogmatique sur l’œuvre salvatrice du Christ et sur l’incapacité de l’homme de se libérer de son péché.

Le chant se divise en deux grandes parties :

A. L'œuvre du Christ et la confession des péchés
B. L'humilité du vrai chrétien et l'orgueil du faux

A. Str. 1 et 2 : l'œuvre du Christ, son anamnèse. La parole du Christ s’y trouve :
« nicht vergessen - ne pas oublier », c’est-à-dire se rappeler
Str. 3 et 4 : abandonner son « indignité », en confessant
son péché et en rendant grâce à Dieu.

B. Str. 5 à 8 : affirmation de l'incapacité d'un homme à se sauver,
et de l'impossibilité à un orgueilleux de seulement
recevoir la grâce de la Cène. Seul, le cœur humble
peut trouver un profit dans la communion.
St.r 9 à 10 : conclusion : celui qui « croit cela du cœur et le
confesse de la bouche », selon St Paul, dans
Rom. 10/10, peut recevoir la Cène avec double profit,
à savoir le pardon de ses péchés et les fruits de justice.

La deuxième partie est la plus frappante, à cause de cette insistance sur le profit pour l'humble et le désavantage pour l'orgueilleux. Cette dernière reflète la thèse du serf-arbitre de l'homme, incapable de se sauver lui-même : str. 6 et 8. La thèse de la Cène « nourriture » et « médicament de l'âme », str. 5, est également évoquée. Luther n'ajoute pas « pour le corps », mais cette idée se trouve dans certains chants de l'époque.

Dignité et indignité du communiant

Les « Biblische Quellen der Lieder », p. 296, indiquent les sources bibliques et les commentent et disent en substance :

La citation centrale du texte est I Corinthiens 11/23-29, avec ses deux aspects : l’institution de la Cène par le Christ, et la restriction du verset 27 : « Celui qui mangera indignement le pain et la coupe du Seigneur, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. » Cette citation apparaît à la strophe 2, résumant aussi les textes de l’institution des Synoptiques.

Face à cette « indignité », Luther cite deux fois l’évangile de Matthieu : d’abord Mt. 11/28 : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai du repos. » La citation directe figure à la strophe 7 : « Kommt, ihr Armen, lasst mich über euch erbarmen – Venez, vous les pauvres, laissez-moi avoir pitié de vous. » Mais le thème se trouve dans les 5 strophes de 5 à 9. La deuxième citation de Matthieu figure dans 9/12 : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. » Cette citation forme la deuxième moitié de la strophe 7 : « Kein Artzt ist dem Starken not – Le fort n’a pas besoin de médecin », annoncée à la strophe 5 par : « Dass’s ein Speis’ sei der Kranken – que ceci soit une nourriture pour les malades. »

Il a pparaît que les strophes 5 à 9 se présentent comme un enchevêtrement des deux versets Matthieu 11/28 et 9/12 :
Str. 5 : 9/12 + 11/28
Str. 6 : 11/28 + 9/12 + I Cor. 11/27
Str. 7 : 11/28 + 9/12
Str. 8 : 9/12
Str. 9 : 11/28

En suivant ce schéma, le plan du chant est différent de celui, plutôt dogmatique, donné plus haut, tout en gardant les deux grandes parties identiques :

A. str. 1 à 4 : l’institution de la Cène, selon I Cor. 11/23-26, avec la restriction de 27,
+ une strophe d’action de grâces concluant cette partie.

B. str. 5 à 9 : alternance de Mt. 11/28 et 9/12,
+ une strophe finale sur les fruits de la Cène et l’amour du prochain.

Les deux dernières strophes : l’action de grâces

La fin de la strophe 9 « Und die Speis die Seel erquickt – et cette nourriture rassasie l’âme », ainsi que la dernière strophe 10, sont un rappel de la prière d’action de grâces à la fin de la Cène, qui s’énonce ainsi : « Nous rendons grâce, parce que tu nous as rassasiés par la communion au corps et au sang de ton Fils Jésus-Christ. » Puis il est demandé que « cette communion produise en nous des fruits de grâce et de vérité,…, un amour vrai envers les frères et nos prochains. » Le mot « Speis - nourriture» est une allusion à la prière d’action de grâces de la Didaché : « A nous tu as donné une nourriture spirituelle. » Le grec « brôsis pneumatiké – nourriture spirituelle » est devenu un terme technique désignant le pain et le vin de la Cène.

Luther ne place pas de Gloria à la fin du cantique, ni même un Amen, comme il est habituel dans ce type de chant hymnique. Il en est de même pour le « Gott sei gelobet », qui s’achève par le « Kyrie eleison ». La raison en est que ces cantiques doivent d’abord être chantés au cours de la communion et servir à méditer celle-ci. Le chant reste ouvert, puisque la Cène n’est pas achevée. Chez Luther, après ces deux chants au choix, on communie au vin. En effet, dans la Deudsche Messe, il continue en disant : « Darnach segne man den kilch und gebe denselbigen auch und singe, was ubrig ist von obengenanten liedern oder das deudsch Agnus dei – Ensuite (après la communion au pain et le chant) qu’on bénisse le calice et qu’on donne aussi celui-ci et chante le reste des chants cités plus haut ou l’Agnus dei allemand. » Ce qui signifie que les deux cantiques étaient chantés en deux parties, et que, pour le chant du « Hussen lied – chant de Hus », les strophes 9 et 10 d’action de grâces étaient chantées après la communion complète.

Fonction et usage du chant

Le chant vise à la fois la préparation à la Cène et l’accompagnement par le chant de la communion. Il peut être employé dans la partie pénitentielle précèdant la Cène ou pendant la communion, par exemple s’il y a deux cercles ou une communion ambulatoire : ceux qui ne communient pas chantent, selon une ancienne tradition des Églises. Le chant pourra être utilisé par exemple le dimanche des Rameaux, à l'entrée de la Semaine sainte, ou bien le Jeudi saint, jour de l'Institution de la Cène. Ou encore dans le temps de la Passion, au dimanche Invocavit (1er D. de Carême) ou Laetare (4e D.de Carême, et dimanche après le jeudi de la Mi - Carême), si on veut célébrer une Cène avec une introduction pénitentielle bien marquée. Par là, l'intention première de Luther dans ses prédications pour ces dimanches et fêtes du temps de la Passion est maintenue. Le chant sera associé à la prière de pénitence et à des lectures en rapport.


Mélodie

La mélodie classique est ancienne : elle remonte au XIVe siècle, est attestée à l'abbaye de Hohenfurt en 1415, année de la mort de Hus. Elle se trouve dans le Klug de 1533.

Elle présente la caractéristique d'avoir des « fleurs » musicales (mélismes) dans chaque ligne, de 4 à 2 notes selon le vers. Cette manière de chanter, typiquement médiévale, est relativement difficile à première vue. En fait, il ne faut pas chanter trop vite, pour laisser le temps aux notes de s'épanouir et au sens de se développer, et aussi pour pouvoir bien prononcer le texte, ce qui n'est pas si facile. Ce type de chant est méditatif, et demande qu'on prenne son temps. Comme il comporte 10 strophes, celles-ci pourront être chantées en deux groupes alternés, ce qui permet la méditation, et même en quatre parties, selon le plan indiqué plus haut.

Une deuxième mélodie est donnée par Klug 1533, sans précision d’origine. Elle est plus simple, ne comportant aucune double ou triple note. Il est possible que la difficulté de la première mélodie ait été ressentie très tôt. En effet, le livre de cantiques de Matthieu Barthol, « Pseaumes, Hymnes et Cantiques », de 1596 à Franfort, réédité en 1612, ne donne que cette deuxième mélodie différente. Le texte de la traduction de Barthol, en IV 8.8, 8.8, peut se chanter sur les deux mélodies.1


LE TEXTE LATIN DE JAN HUS : JHESUS CHRISTUS, NOSTRA SALUS

                                                                           IV 8.8, 8.8

Texte

Jhesus Christus, nostra salus
Jan Hus 1360-1415
et Johann von Jenstein 1347-1400,
ce qui placerait le chant avant 1400.
texte dans :
Sämtliche Werke Martin Luthers,
oeuvres complètes de Martin Luther,
Weimar, Band 35, 1895

Mélodie originale :

Hohenfurth 1410 ?


Texte latin

Comme déjà indiqué plus haut, dans les « sources » du chant allemand de Luther, il est difficile d’établir ce qui, dans le chant latin, remonte à Hus, puisqu’un autre auteur est supposé avoir participé à sa composition, Johann von Jenstein, de 13 ans plus âgé que Hus.

Le texte relevé ici (il en existe des variantes), compte 10 strophes et se divise en 4 parties :

Str. 1. rappel du sacrifice du Christ et de son mémorial : à la 3e personne
allusion au seul pain
Str. 2-8 : commence par une exclamation : « O quam sanctus panis »
méditation sur le pain et sur le corps du Christ. 2-5+8 : 3e personne
6-7 : 3e personne
à aucun moment le sang et le vin ne sont mentionnés
Str. 9-10a : commence par une exclamation : « O quam magna tu secisti » 2e personne
Str. 2 : panis, 2 fois, str. 5 : in carne, 1 fois
le vin apparaît, en 9 et 10a pour la première fois, et cité avant le pain dans 9 :
« Vini et panis specie », et après lui en 10a : « Caro cibus, sanguis vinum »
Str. 10b : doxologie finale au Chrit, en 2 vers.

Théologie du texte latin et du texte allemand de Luther

Ce texte est dogmatiquement très dense, et a un côté plus pédagogique et explicatif que pastoral ou laudatif. Les commentateurs sont surpris par la longue insistance des strophes 1 à 8 sur le pain et la brève citation du vin dans les deux strophes 9 et 10, tout à la fin du chant. On dirait que ce chant est un commentaire de l’hostie1, dont le terme apparaît immédiatement à la 1e strophe. Le chant rappelle le « O salutaris hostia » de St Thomas d’Aquin. Ces strophes 1 à 8 reflètent-elles la théologie de Hus ? Celui-ci préconisait la Cène sous les 2 espèces. La strophe 5 est frappante : « Non es panis, sed es deus ». Il s’agit de la transsubstantiation, mais appliquée au seul pain. Mais il semble que Hus ne rejetait pas la transsubstantiation. Ce qu’il voulait, c’est la communion sous les deux espèces, telle qu’elle s’était toujours faite jusqu’à peu avant son temps. Autre question : la troisième partie, commençant par une répétition de l’exclamation « O quam », est-elle un ajout de la plume de Jean Hus, à un texte plus ancien et très thomiste, qui serait celui de Johann von Jenstein ? En effet les deux dernières strophes insistent fortement sur les deux espèces, placées à égalité.

Le texte de Luther diffère fortement de celui de ce chant latin. Luther le fait d’ailleurs savoir, puisqu’il indique au dessus du chant : « Sankt Johannes Hus lied gebessert. » Ici cette mention ne signifie pas « augmenté » dans le nombre des strophes, puisque leur nombre de 10 dans le texte latin reste le même chez Luther, mais certainement « corrigé », en pensant aux paroles. Luther commence également par une strophe et demi d’introduction, qui rappelle d’abord les souffrances du Christ et le don de soi dans le sacrement, mais passe tout de suite au pain et au vin dans la 2e strophe. Il semble que Luther saute de la strophe latine 1 à la 9-10, éliminant l’hostie de la strophe 1 et plaçant dans celle-ci le pain et le vin de la strophe 9-10. Il abandonne tout le développement sur le seul pain des strophes 2 à 8. les deux espèces accompagnent tout le texte de Luther, même si elles ne sont pas rappelées nommément. Les deux sont placées sur la table dont on s’approche, str. 3. Elles sont appelées deux fois « Speise - nourriture », en rappel de Jean 6. Alors que dans le latin, le mot « cibus -nourriture » est attribué deux fois au pain seul : « panis cibus » str 2, et « Caro cibus – chair nourriture ». Dans le latin enfin, à la 7e strophe, le mot « Esca - nourriture » désigne toujours encore le pain seul. La citation du pain et du vin réunis est donc bien faible dans le chant latin.

Le verset 7 de Luther reprend les termes médicaux du latin qui désignent le Christ : « Medicamen – médicament », « relevamen – soulagement », et « Fasce nos – bande-nous » à la strophe 8. Cette image du Christ médecin, tirée entre autres de la parabole du bon Samaritain, Luc 10/34 : « il s’approcha de lui et le banda », était courante à l’époque. De même, il reprend l’image de la Cène –médicament, tirée de Matthieu 9/12 et parallèles : « Les bien-portants n’ont pas besoin de médecin, mais les malades. » Ces derniers sont les pécheurs que le Christ guérit.

Mais comme nous l’avons signalé plus haut dans les commentaires du texte allemand, Luther a une vision plus pastorale et se concentre sur l’attitude d’humilité du fidèle, et sur le fait que l’homme ne peut rien faire pour son salut : seuls, le Christ et sa mort, et le sacrement qui les représente, peuvent sauver. Il est clair que Luther s’éloigne du texte latin dès la fin de la 1e strophe. Wackernagel, célèbre hymnologue allemand du XIXe Siècle, s’est demandé s’il existait un chant tchèque dérivé de ce chant latin, et plus hussite, que Luther aurait pu connaître. Rien n’a été trouvé dans ce sens.

De nombreuses incertitudes subsistent donc. Luther avait-il des preuves que ce chant remonte essentiellement à Jean Hus, ou reprend-il une affirmation courante que ce texte était de ce dernier ? Johann Jenstein était-il peu connu à l’époque de Luther ? Toutes ces questions restent sans réponse. En tout cas, Luther a popularisé la figure de Jan Hus en la rattachant si fortement à son chant allemand, qu’il appelle « sankt Johannes Hus lied », d’autant plus que Luther fut considéré comme le « Hus redivivus ».

Poétique et mélodie

La poétique du texte est concise et bien serrée, il s’agit d’une hymne typique en IV 8.8, 8.8, découpée en deux parties de deux vers, la deuxième, dans le texte de la « Weimarer Ausgabe », l’édition de Weimar, commençant par une majuscule. Malgré la forte domination d’un langage technique et d’une forme pédagogique, le texte a du souffle et se chante bien sur les mélodies classiques d’hymnes dans cette coupe. La graphie « misterium » pour « mysterium » et « secula seculorum » pour « saecula saeculorum », est courante aux XIVe-XVe Siècles. Les humanistes du XVIe Siècle rétabliront les graphies latines antiques.

Luther a choisi une coupe différente : IV 8.10, 8.9, sur laquelle se trouve la mélodie de Hohenfurth de 1410, contemporaine de Hus. Or le chant latin ne peut pas se chanter sur cette mélodie, ce qui nous renvoie à nouveau à la question : Luther avait-il un autre original, tchèque peut-être, à sa disposition, sur cette mélodie, avec une coupe différente ? Aucune réponse n’est possible dans l’état actuel des connaissances.

 

Texte latin Traduction littérale


    
Texte latin                                                           Traduction littérale

 

1. Jhesus Christus, nostra salus,

    quod reclamat omnis malus,

    Nobis in sui memoriam

    dedit in panis hostiam.

 

2. O quam sanctus panis iste,

    tu solus es, Ihesu Christe,

    Panis cibus sacramentum,

    quo nusquam maius inventum.

 

3. Hoc donum suavitatis,

    caritasque deditatis,

    Virtus et eucharistia

    Communis gracia.

 

4. Ave, deitatis forma,

    dei unitatis norma,

    In te quisque delectatur

    qui te fide speculatur.

 

5. Non es panis, sed es deus

    homo, liberator meus.

    Dum in cruce pependisti

    et in carne defecisti.

 

6. Non angitur consecratus

    inconsumptus nec mutatus

    Nec divisus in fractura

    totus Deus in statura.

 

7. Esca digna angelorum,

    pietatis dux sanctorum

    Lex moderna appobavit

    quod antiqua figuravit.

 

8. Salutare medicamen

    peccatorum relevamen,

    Fasce nos, a malis leva,

    duc nos ubi lex est eva.

 

9. O quam magna tu secisti

    qui te Christe, impressisti

    Vini et panis specie

    Apparentum in facie.

 

10. Caro cibus, sanguis vinum,

      est misteri-um divinum :

      Tibi sit laus et glori-a

      In seculorum secula.

 

 

Jésus-Christ, notre salut,          3e personne

que tout le mal accusait,

À nous en mémoire de lui

se donna dans l’hostie du pain.

      

0h ! que saint est ce pain            

que toi seul es, Jésus-Christ,    2e personne

Pain nourriture sacrement

dans lequel jamais rien de plus grand  ne fut

                   trouvé.

Cest le don de la douceur,        2e personne

et la charité du dévouement,

La force et l’eucharistie (action de grâces ?),

la grâce égale pour tous.

 

Salut, image de la divinité,     2e personne

exemple de l’unité de Dieu,

Chacun se réjouit en toi

qui te voit par la foi.

 

Tu n’es pas du pain, mais tu es Dieu- 2e pers.

Homme, mon libérateur,

Quand tu pendis à la croix

et que tu mourus dans la chair.

 

Consacré, il n’est pas diminué,   3e personne

Ne se consume pas, ni n’est changé

Ni divisé, quand on le rompt,

Dieu entier en sa stature.

 

Nourriture digne des anges,        3e personne

conducteur de la piété des saints,

La loi (parole) nouvelle a prouvé

ce que l’ancienne avait préfiguré.

 

Médicament salutaire,                 2e personne

soulagement des pécheurs,

Bande-nous, soulage nos maux,

conduis-nous là où la loi est effacée. 

 

O que grandes furent tes souffrances,   2e pers.

toi qui, Christ, as pénétré

l’espèce du vin et du pain

sous l’aspect des apparences.

 

Chair nourriture, sang vin,          2e personne

est un mystère divin :

A toi soit louange et gloire

aux siècles des siècles.

 

Visiteurs en ligne

115387
Aujourd'huiAujourd'hui339
HierHier448
Cette semaineCette semaine787
Ce moisCe mois17554
Tous les joursTous les jours1153872
Template by JoomlaShine