« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

LOUANGE
PSAUME 103
TRINITE


            JE VEUX PROCLAMER LA GLOIRE  to
         Sollt ich meinem Gott nicht singen

                                     Ps 103

    Mélodie: Lasset uns den Herren preisen, Schop
                 Sollt ich meinem Gott nicht singen, Ihme

1. Je veux proclamer la gloire     
    Du Dieu saint, mon Créateur,
    Je veux chanter sa victoire,
    Son amour et sa grandeur :
    Il bénit dans sa tendresse,              
    Son fidèle serviteur
    Qui l’adore avec ardeur,
    Qui l’aime et le craint sans cesse.
        REFRAIN :
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

                  *  la Trinité

2. Comme un aigle étend ses ailes        
    Sur ses aiglons impuissants,
    Dieu, dans son amour fidèle,
    Veut protéger ses enfants.
    Dès mon entrée dans ce monde,
    Il m’accorde son secours.
    Il a protégé mes jours,
    Et sur moi sa grâce abonde.
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

3. Pour montrer combien il m’aime,    
    Il met son Fils sur la croix !
    Il le livre à la mort même,
    Le voici pendu au bois.
    O mystère impénétrable,
    Où l’esprit le plus profond
    Ne voit ni rive et ni fond :
    En Dieu tout est insondable !
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

4. Son Esprit, qui me console,             
    M’est donné pour Conducteur,
    Et par sa sainte Parole
    Il me garde de l’erreur.
    Il allume dans mon âme
    Espérance, amour et foi.
    Il me fait braver l’effroi
    De l’enfer et de sa flamme.
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

                  *  Dieu me garde

5. Sous le poids de la misère,              
    Dieu me soutient puissamment,
    Se déclare pour mon Père,
    Pour mon Protecteur aimant.
    Quand je suis dans la détresse,
    Sans aucun secours humain,
    Par sa forte et douce main
    Il soulage ma faiblesse.
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

6. Tout ce qui se voit au monde,         
    Tous ces êtres si divers  
    Issus de la terre et l’onde,            
    Qui s’envolent dans les airs,
    Dieu fit tout pour mon usage,
    Bêtes, fruits, poissons, froment !
    Il en fit mon aliment,
    Par lui j’en tire avantage.
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

7. La nuit, lorsque je sommeille,         
    Il prend soin de mon bonheur.
    Le matin, quand je m’éveille,
    Il remplit de joie mon cœur. 
    Mille fois, la mort cruelle,
    Sans sa grâce et son secours,
    Allait terminer mes jours,
    Sans sa faveur paternelle !
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

                  *   Douleur et châtiment

8. Dieu rompt le sinistre piège
    Que me dresse le malin,
    Qui par ruse vient, m’assiège,
    Et garantit mon destin.
    A son ange et mandataire
    Il fait protéger mes jours,
    Détruisant par son secours
    Les projets de l’adversaire.
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

9. Un sage, un fidèle père,                    
    Qui corrige son enfant,                  
    Même au fort de sa colère
    L’aime toujours tendrement.
    Ainsi, quand Dieu me châtie,
    Ce n’est que modérément ;
    Et pour mon discernement,
    Par la croix il m’humilie.
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

 
10. Les châtiments qu’il m’inflige         
    Me paraissent rigoureux ?
    Alors même qu’il m’afflige,
    Il cherche à me rendre heureux.
    Les maux détachent mon âme
    Des vanités d’ici-bas.
    J’en vois mieux les faux appâts,
    Un plus beau désir m’enflamme !
    Tout finit, mais sa bonté
    Dure à perpétuité.

11. La douleur et la tristesse               
      Ne sauraient durer toujours.
      Dieu subvient à ma faiblesse,
      Il m’accorde son secours.
      L’hiver fuit et fait la place
      Aux clartés d’un beau printemps !
      De même, après les tourments, 
      Dieu me fait goûter sa grâce.
      Tout finit, mais sa bonté
      Dure à perpétuité.

                        *

12. Grand Dieu, puisque ta tendresse    
      S’ouvre sans fin devant moi,
      Plein d’une sainte allégresse
      J’élève mon âme à toi,
      Pour te demander la grâce
      De t’aimer jusqu’au trépas,
      Afin qu’après mes combats,
      J’aille contempler ta face
      Et célébrer ta bonté
      Dans l’heureuse éternité ! Amen
                           (sur la dernière note)

            Texte               Sollt ich meinem Gott nicht singen
                                    Paul Gerhardt 1653/56
                                    RA 342, EG 325
                                    CrSi 290/99
                                    Frs : Mon âme, exaltons la gloire
                                    Cantiques spirituels de Strasbourg, 150/80
                                    rév Yves Kéler, 1985

            Mélodie           Lasset uns den Herren preisen
                                    (Lasset uns mit Jesu ziehen)
                                    Johann Schop 1641
                                    RA 411, EG 325

                         ou       Sollt ich meinem Gott nicht singen
                                    Friedrich August Ihme 1879
                                    RA 342, EG Baden-Pfalz 561


Le texte

        Le texte du chant est un commentaire du Psaume 103, que Gerhardt ne suit pas verset par verset. Il intègre dans son chant la Trinité, la mort rédemptrice du Christ, le châtiment de ceux que Dieu aime, selon Proverbes 3/12, l’adoration du matin et du soir, l’action de grâces pour les dons du monde, la perspective de la vie éternelle. De fait, Gerhardt « fait du Gerhardt », en combinant le Psaume 103 avec ses thèmes favoris, qu’on retrouve dans ses autres cantiques : les astérisques et sous-titres placés entre les parties veulent faire ressortir ce fait.

         Mais il laisse de côté la fin du Psaume, les versets 20-22, qui forment l’acclamation des anges. Il n’a gardé que le « Lobe den Herrn, meine Seele – Bénis l’Eternel, mon âme », et l’idée d’éternité prise dans l’adoration perpétuelle des anges, dans la ligne finale : « Lob und lieb in Ewigkeit – Loue et aime pour l’éternité. » Dans son chant, Gerhardt accentue le côté pastoral. L’aspect liturgique du texte est laissé de côté.

            Gerhardt emploie les images du Psaume : str 2  l’aigle, auquel il ajoute des petits ; str 8  le père et ses enfants. A cette image du père, il rattache celle du « Père qui donne son Fils sur la croix », et fait un développement christologique, auquel il ajoute un développement sur le Saint-Esprit. En sorte que les strophes 2+3+4, qui commentent les versets 5b+3+7, forment un groupe trinitaire dans le chant, après la strophe d’entrée, laquelle développe les versets 1+5a du Psaume, le verset 5a formant la transition avec la strophe 2 = v.5b.

            Gerhardt remplace l’image cosmique de « l’Orient aussi éloigné de l’Occident » par celle, temporelle, du matin et du soir, str 7, mais aussi par celle du ciel et de la terre, pour rappeler que tout ce qui s’y trouve nous est mis à disposition par Dieu. De même, à la strophe 10, il remplace l’image de la fleur qui se fane, que chasse le vent et qui disparaît, par celle de l’hiver que le printemps chasse.

            On voit dans ce chant une magistrale reprise des thèmes du Psaume 103 en combinaison avec les divers thèmes signalés.

La traduction ancienne

            Le texte, dont j’ai fait la révision ici, se trouve dans Cantiques Spirituels de Strasbourg 1758, sans indication d’auteur. Il proviendrait d’une traduction en 11 strophes, faite par J.M.Claudi, en 1740, selon la notice de Psaumes et Cantiques suisses 1976, reprise par Alléluia 1995. Le texte de Psaumes et Cantiques, en 4 strophes, est déjà une révision de cette traduction. Je ne sais pas qui est l’auteur de cette révision. Son incipit dans Psaumes et Cantiques suisses est : « Je veux exalter la gloire Et l’amour du Créateur », traduisant la première personne de Gerhardt : « Sollt ich meinem Gott nicht singen ? »

            Ce texte a été repris depuis Psaumes et Cantiques par Alléluia 1995, sous le n° 41/19 et le titre « A Dieu seul nous rendons gloire », dans une forme remaniée par Henri Küntzler. Celui-ci remplace le « moi » par « nous », contrairement à l’intention de Paul Gerhardt, qui a composé tout son chant à la première personne, selon le modèle du Psaume. Il est vrai que le texte des Cantiques Spirituels de Strasbourg de 1758 commence par : « Mon âme, exaltons la gloire », en imitation du dialogue du Ps 103 : « Mon âme, bénis l’Eternel », mais la suite du texte est à la première du singulier. Il faut donc laisser le texte à la première personne, comme l’a voulu Gerhardt et comme l’a fait son traducteur de 1758, qui l’a suivi.

            Cette succession de textes dans les recueils protestants récents , qui se corrigent les uns les autres et de livre en livre, est une illustration de la méthode qui régit la réalisation des livres français depuis 150 ans : le non-retour aux sources. Le dernier chant est la source du suivant, sans plus. On ne recherche pas l’origine et l’histoire du chant. On obtient ainsi un éloignement de plus en plus grand entre le dernier texte et son original, lequel est parfois méconnaissable.

            Je reprends de ce fait l’incipit au singulier, selon l’intention de Gerhardt. Je remplace « exalter » par « proclamer », pour éviter le frottement de la liaison de « veux exalter », qui donne phonétiquement : « veuz egzalter », avec le « x » doux = « egz » de exalter, et qui conduit à la répétition désagréable du son « z ».  
     
La mélodie

            Ebeling, en 1653, a noté : « Lasset uns den Herren preisen », mélodie que Schop avait composée en 1641. Gerhardt a repris cette très belle mélodie, de même que son contemporain Sigmund von Birken pour son célèbre chant : « Lasset uns mit Jesu ziehen », paru dans la même année 1653.

            En Alsace, en 1879, dans le cadre de la rénovation néo-luthérienne de l’Eglise de la Confession d’Augsbourg, Frédéric Auguste Ihme, pasteur à Baerenthal, composa une excellente mélodie, connue sous le nom de « Sollt ich meinem Gott nicht singen, Ihme 1879 », qui eut un énorme succès en Alsace-Lorraine et dans le Palatinat. Dans ces deux Eglises, cette mélodie est toujours chantée, et figure de ce fait dans RA 342 et dans le « Anhang-Supplément » de EG Pfalz-Baden-Alsace-Lorraine, sous le N° 561.

            Ihme reprend la même conception que Schop : la mélodie monte dans la première moitié, les 4 premiers vers, puis elle descend dans la deuxième moitié, les vers 5 à 8. Puis le refrain, qui forme les vers 9 et 10, remonte et finit sur la note qui commence la strophe suivante. Ce triple mouvement, commun à Schop et Ihme,  donne beaucoup de vie à ces deux mélodies.

           Psaumes et Cantiques donne une mélodie de A.P.Bertsch 1825, reprise par Alléluia. Il semble qu’elle soit moins chantante que celles d’Ebeling et de Ihme.
 

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