« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

GUERRES DE LIBERATION (1813)

     QUI BRILLE AU LOIN AUX RAYONS DU SOLEIL
    Was glänzt dort vom Walde im Sonnenschein ?

                        Lützows wilde Jagd

                   Theodor Körner,  24.4.1813

1. Qui brille au loin aux rayons du soleil ?
    Le bruit s’approche et s’approche.
    Il descend du bois sombre, à des rangs pareil ;
    Un cri de trompes monte au ciel,
    Effraie les âmes de proche en proche.
    Si vous demandez ces cavaliers noirs :
    C’est la course folle de Lützow, le hussard !

2. Qui passe si vite au ras du bois
    Et traverse la montagne
    Sur le fond de la nuit et dans le froid ?
    On crie « Hurrah », le fusil aboie,
    Les Francs tombent dans la campagne.
    Si vous demandez ces chasseurs noirs :
    C’est la course folle de Lützow, le hussard !

3. Où les vignes fleurissent coule le Rhin :
    Le Furieux se croit hors d’atteinte.
    Le galop arrive à fond de train,
    On se jette à l’eau, le cheval à la main,
    On touche à la rive, on y monte.
    Et si vous demandez à ces nageurs noirs :
    C’est la course folle de Lützow, le hussard !

4. La bataille fait rage et ne faiblit pas.
    Qui se bat, qui frappe et qui sabre ?
    De sauvages cavaliers jettent à bas
    L’ennemi : la liberté prend son pas,
    Son étincelle devient flamme.
    Si vous demandez ces compagnons noirs :
    C’est la course folle de Lützow, le hussard !

5. Qui donc descend dans l’éclat du soleil
    Et parmi tous ces soldats se couche ?
    C’est la mort au visage cruel !
    Mais les cœurs forts méprisent son sommeil :
    « La patrie est sauvée » crient leurs bouches !
    Si vous demandez ces morts, tombés, noirs :
    C’est la course folle de Lützow, le hussard !

6. Sauvage fait le galop allemand
    La chasse aux bourreaux tyranniques !
    Vous, bien-aimés, cessez les gémissements :
    Libre est le pays, beau est le temps,
    Grâce à tous ces morts héroïques !
    Vos fils diront de ces cavaliers noirs :
    C’est la course folle de Lützow, le hussard !

Texte      Was glänzt dort vom Walde im Sonnenschein ?
               Lützows wilde Jagd
               Theodoer Körner, le 24 avril 1813
               fr. : Yves Kéler, 24.7. 2010 Draguignan

dans        Auswahl Deutscher Gedichte für höhere Schulen,
               Theodor Echtermeyer, 34. Auflage 1903 (1. 1836),
               978 Seiten, Halle, Verlag des Waisenhauses, page 495

dans        Auswahl Deutscher Gedichte, im Anschluss an die Geschichte der
               deutschen National Literatur,  von Professor Dr. Hermann Kluge,
               12. , verbesserte und vermehrte Auflage,
               mit zahlreichen Porträts in Holzschnitt,
               Altenburg, Verlag Oskar Bonde, 1908;  page 327

Texte original

   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   

Le texte

les hussards de Lützow

        En 1806-07, quand l’armée prussienne fut progressivement reconstituée, plusieurs régiments de hussards furent créés, dont celui, devenu célèbre, des volontaires de Lûtzow, dans lequel Körner s‘engagea et pour lequel il fit ce poème. Ces unités d’élite de la cavalerie allemande étaient redoutables. Leur formation est née au XVe en Hongrie, à partir des milices villageoises, qui devaient fournir un homme sur vingt avec un cheval pour la guerre. Celui-ci s’appelait le « huszar – le vingtième ». Ils sont les descendants des combattants à cheval, du type mongol : tartares, cosaques, pandoures, qu’on retrouvera dans les armées de l’Est européen. Le roi de Prusse Frédéric II, le grand Fritz, en avait constitué deux régiments illustres, en 1738 et 1758, sous le commandement du légendaire Zieten, qui apparaît aussi dans la poésie nationale allemande (Voir : Der grosse König wollte gern sehn - Le roi qui voulait découvrir, de Friedrich von Sallet). Ces hussards portaient un uniforme noir et sur leur bonnet de toile et celui de fourrure, appelé colback, un crane et deux tibias croisés, en argent, ce qui leur valut le nom de « Totenkopfhusaren –Hussards de la mort ». (Ce rapport de couleurs noir-blanc et cet insigne furent repris par les SS de Hitler). Les hussards disparurent de l’armée allemande après 1918. En France, ils furent créés en 1720, par le comte hongrois Lazlo Berceny, qui mit une troupe de hongrois recrutés à Constantinople au service de Louis XV. Le régiment de Berceny existe toujours, stationné à Tarbes. La strophe 2 signale leur cri de guerre : « Hurra », qui provient de « Hussa » (prononcer Houssa), qui est d’origine russe et peut-être empruntée au turc, et qui passa dans la marine anglaise d’abord, puis la française, où elle est crié pour l’accueil à bord de chefs d’état étranger.

        Lützow (Berlin 1782 – id 1834), officier prussien, prit la retraite avec le grade de colonel en 1804. Mais reprit du service en 1809 et fut appelé en 1813 à commander un corps de volontaires non-prussiens, appelé « Lützows Freikorps », et créé à Breslau, en Silésie, dans lequel beaucoup d’étudiants et de poètes entrèrent. Ce corps fut béni le 28 mai 1813, dans l'église luthérienne de Rogau, près de breslau, par le pasteur Peters. Le 4 juin 1813, un armistice avait été signé entre les Alliés et les Français, prévoyant le retrait de toutes les troupes françaises et polonaises à l’Oust de l’Elbe. Mais le 17 juin sa troupe fut attaquée de nuit par les Français, commandés par Fournier et selon les ordres de Napoléon lui-même, qui voulait éliminer les « brigands noirs de Lützow », comme il les appelait. « Armistice pour tous, mais pour vous », avait déclaré Fournier à Körner, envoyé par Lützow au général. Par cette traîtrise, le corps de Lützow fut presque entièrement détruit. Körner, blessé et égaré loin de sa troupe, survit. Pendant cet armistice, le corps des hussards fut reconstitués. Les hostilités reprirent le 17 août. Lützow fut envoyé dans le Meclenburg, où le maréchal Davout, venant de Hanbourg, avait réussi à pénétrer. C’est là que Körner mourut dans un combat près de Gadebusch. Le corps de Lützow entra en France sous le commandement général de Bülow. C’est l’épisode que raconte le poème, avec le passage du Rhin. En 1814, en France, Lützow fut fait prisonnier, et à nouveau en 1815, et libéré près de Waterloo. Il se retira en 1830 avec le grade de général de brigade.

Le poème

        La chevauchée de Lützow descend, semble-t-il,  de la Forêt noire. A la strophe 1, Körner parle de « finstern Wald - forêt sombre et de « von Bergen zu Bergen - de monts en monts », ce qui est probablement une allusion au montagneux Schwarzwad- la Forêt noire, qui fait pendant aux Vosges, au delà du fossé rhénan. Sur ce fond sombre et dans leurs uniformes noirs (düsteren – sombre, lugubre), les armes brillent (glänzt –brille). Strophe 2, la troupe livre un combat aux « fränkischen Schergen –sbires francs », probablement dans la plaine de Bade, côté allemand. A la 3e strophe, les hussards vont vers le Rhin, qu’ils franchissent à la nage, pour atteindre « den Wütrich –le Furieux », qui est Napoléon, qui se croit à l’abri derrière le fleuve. Cette expression de « Wütrich », raccourcissement de Wüterich - le furieux, apparaît dans d’autres poèmes du temps pour désigner Napoléon. Le terme injurieux de "fränkischen Scherge - sbires francs", dans lequel franc vise le barbare, montre la haine qui animait les Allemands contre l'occupant français. La strophe 4 décrit une nouvelle bataille, cette fois sur le sol alsacien.

        La conclusion est double : d’une part, la mort s’invite dans la bataille, d’autre part, elle ne peut empêcher les « wackeren Herzen – les cœurs vaillants » de crier « Das Vaterland ist ja gerettet – la patrie est sauvée ». La thèse fondamentale du poème est que pour sauver la patrie, ici la Prusse, il faut aller jusqu’à Paris et détruire le régime napoléonien, par une capitulation définitive. Cela préfigure l’inversement des faits dans l’histoire du IIIe Reich, qui ne fut détruit que par la prise de Berlin et la capitulation sans conditions de 1945.

       Quelques irrégularités rythmiques figurent dans le poème. Le premier vers est tantôt de 10, tantôt de 9, tantôt de 11 syllabes  (de 10 : str. 1, 4, 5 ;  de 9 : str 2, 6 ;  de 11 : str. 3°. De même, le vers 2 varie de 8f à 10f. De même, des variations se trouvent dans les vers suivants. Cette poétique variable rappelle celle du XVIIIe Siècle, dans laquelle les mêmes irrégularités se voient. Dans les arias et les récitatifs de Bach, le procédé est courant. Il permet d’exprimer le sentiment et les gradations, en débordant le caractère strict de la coupe imposée.

 
un anachronisme , ou un texte de forme prophétique ?

        Le poème a été écrit par Körner à Leipzig, où les Lützower séjournèrent du 17 au 24 avril. Un problème apparaît quand à la signification de ce poème , qui est daté du 24 avril 1813. Echtermeyer et Kluge dans leurs livres donnent la même date. Or Körner, qui est entré le 19 mars 1813 dans le Freikorps Lützow,  est mort le 26 août suivant, dans la bataille de Gadebusch, Mecklenburg. Les troupes des Alliés n’entrèrent en France qu’au printemps 1814. Comment Körner peut-il décrire un passage du Rhin censé se passer 9 mois après sa mort ? Il ne peut s'agir que d'une vision prophétique des événements, remarquable par sa justesse de vue.
       

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