« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


GUERRES DE LIBERATION ALLEMANDES 1813
 

     DEVANT SCHLESWIG, A LA PORTE
            Draus vor Schleswig an der Pforte

                        Clemens Brentano


1. Devant Schleswig, à la porte,          = Str. 1
    Logent bien des pauvres.
    L’ennemi et ses cohortes
    Les atteint au bout des champs.
    On a fait un armistice,
    Les Danois s’en vont de nuit.
    Russes, Suédois, en lice,
    Se présentent à grands cris.
       Près de Schleswig, à la porte,
       Une hutte risque gros.

3. Près de Schleswig, dans la hutte,      = Str. 2
    La grand-mère chante et prie :
    « Dieu, au milieu de ces luttes,
    En toi seul je me confie.
    Son petit-fils, sans confiance,
    Vingt ans, dans l’air du temps,
    Lui, n’allume pas de lampe
    Pour le Christ, en attendant.
       Près de Schleswig, à la porte,
       Une hutte risque gros.

3. « Construis-nous une muraille !         = Str. 3
    Chante fort la mère-grand,
    Pour que l’ennemi s’en aille :
    Sauve-nous, Dieu, il est temps ! »
    « Mère, dit l’esprit moderne,
    Mettre autour de nous un mur,
    Quand les ennemis nous cernent,
    Dieu ne le peut pas, c’est sûr ! »
       « Construis-nous une muraille ! »,
       Chante haut la mère-grand.

4. « Petit, grande est ma confiance,        = Str. 4
    S’il lui plaît, à notre Dieu,
    De nous rendre l’assurance,
    Il le fait quand il le veut. »
    Les tambours roulants résonnent,
    Les trompettes, sons stridents,
    Les canons, qui crachent, tonnent,
    C’est la mort à tout instant !
       « Construis-nous une muraille ! »,
       Chante haut la mère-grand.

5. Près des autres huttes courent,            = Str. 5
    Sautent Russes et Suédois,
    Hurlent, tirent, frappent, meurent :
    La hutte, aucun ne la voit.
    Et le fils dit, plein de crainte :
    « Mère, ton chant nous trahit ! »
    Tous ont traversé l’enceinte,
    Sans qu’aucun ne vienne ici.
       « Construis-nous une muraille ! »
       Avait dit la grand-maman.

6. « Ferme les volets, il souffle               = Str. 6
    Le vent froid venu du Nord. »
    Et pendant que le vent siffle,
    La grand-mère chante encor.
    Avec les virées de neige
    Passent des cosaques noirs,
    Partout des soldats font siège,
    Dans les huttes, dans le soir.
        « Construis-nous une muraille ! »
        Chantait fort la grand-maman

7. Nuit remplie de cris de guerre,          = Str. 7 variante
   Tout se dresse, hurle ou prie,
    Coups de crosse,et de chaussure :
    Maison, tremble dans ce bruit !
    Hurrah, Stupai, Boschkai, Kurba,
    Vinu, Gleba, Biba, Rack,
    Crient et jurent les Cosaks.
        « Construis-nous une muraille ! »
        Chantait la vieille maman.

8. « Dresse-nous une muraille ! »           = Str. 8
    Chante-t-elle dans la nuit.
    Au matin plus de mitraille.
    Calme la grand-mère dit :
    « Ouvre donc, fiston, la porte ! »
    Elle s’ouvre vers dedans.
    Impossible alors qu’il sorte,
    Un mur de neige est devant !
        « Construis-nous une muraille ! »
        Chantait fort la grand-maman       

9. « Oui, Dieu bâtit des murailles !            = Str. 9
    Viens, grand-mère, viens et vois.
    Dieu pour nous fit des merveilles ! »
    Dit le petit-fils, il croit.
    C’était mil huit cent quatorze,
    Quand Dieu édifia ce mur,
    En janvier au jour cinquième,
    Dans la nuit d’un hiver dur.
        « Dieu nous fit une muraille ! »,
        A chanté la mère-grand.
   
   
         Texte        Draus vor Schleswig an der Pforte 1816
                          Gedichte 1816-1819
                          Paru en 1851,
                          Clemens Brentano
   
Le texte
 
        Le théâtre du poème est probablement « Schleswiger Holm », un petit village de pêcheurs le long de la Schlei, avec des maisonnettes en bois pourvues d’un jardin côté terre et d’un quai pour les bateaux côté eau. Le village a conservé l’essentiel de sa disposition ancienne et beaucoup de ses maisons en bois.

        Le combat que décrit Brentano s’est déroulé pendant la guerre entre le Danemark d’une part et la Suède et la Russie d’autre part, en 1813-1814. Cette guerre est un conflit parallèle dans le cadre des guerres de Napoléon et de la 6e coalition (1813-1814), qui réunit l’Angleterre et l’Autriche, avec la participation de la Prusse, de l’Autriche et de la Suède, contre la France. Ce qui explique la présence de cosaques russes alliés à l’armée suédoise cités dans le poème. Le Danemark avait soutenu Napoléon et se trouvait en guerre avec l’Angleterre et la Suède depuis 1807. Mais sous la pression de la Grande Bretagne et de la Suède, il dut rejoindre la coalition contre Napoléon.

        Jean-Baptiste Bernadotte, général français qui gouvernait la Suède et deviendra roi sous le nom de Charles XIV Jean, voulait acquérir la Norvège qui appartenait au Danemark. Il attaqua donc celui-ci dans le Holstein, à partir des territoires suédois dans le Nord de l’Allemagne le long de la Baltique, en franchissant l’Elbe, et poursuivit une guerre d’usure. Celle-ci s’acheva par la paix de Kiel, le 14 janvier 1814, soit 11 jours après le combat de Schleswig, signée par l’Angleterre, la Suède et le Danemark. La Norvège, liée au Danemark par une union personnelle royale depuis 1380 revint à la Suède, qui compensait ainsi la perte de la Finlande au profit des Russes. Cette guerre fut appelée par les habitants du Schleswig-Holstein « guerre des cosaques », à cause de la participation importante du corps franc de cosaques russes.

Texte original

1. Draus bei Schleswig vor der Pforte
Wohnen armer Leute viel,
Ach des Feindes wilder Horde
Werden sie das erste Ziel.
Waffenstillstand ist gekündet
Dänen ziehen ab zur Nacht,
Russen, Schweden stark verbündet,
Brechen her mit wilder Macht.
Draus bei Schleswig steht vor allen
Weit ein Häuslein ausgesetzt.

2. Draus bei Schleswig in der Hütte
Singt ein frommes Mütterlein,
Herr, in deinen Schoß ich schütte
Alle meine Angst und Pein.
Doch ihr Enkel ohn Vertrauen,
Zwanzigjährig neuster Zeit,
Hat den Bräutigam zu schauen
Seine Lampe nicht bereit.
Draus bei Schleswig in der Hütte
Singt ein frommes Mütterlein.

3. Eine Mauer um uns baue
Singt das fromme Mütterlein,
Daß dem Feinde vor uns graue
Hüll in deine Burg uns ein.
Mutter, spricht der Weltgesinnte,
Eine Mauer uns ums Haus
Kriegt unmöglich so geschwinde
Euer lieber Gott heraus.
Eine Mauer um uns baue:
Singt das fromme Mütterlein.

4. Enkel fest ist mein Vertrauen,
Wen's dem lieben Gott gefällt,
Kann er uns die Mauer bauen,
Was er will ist wohl bestellt.
Trommeln rommdidomm rings prasseln
Die Trompeten schmettern drein,
Rosse wiehern, Wagen rasseln,
Ach nun bricht der Feind herein,
Eine Mauer um uns baue
Singt das fromme Mütterlein.

5. Rings in alle Hütten brechen
Schwed und Russe mit Geschrei,
Lärmen, fluchen, drängen, zechen.
Doch dies Haus ziehn sie vorbei.
Und der Enkel spricht in Sorgen
Mutter, uns verrät das Lied.
Aber sieh, das Heer vom Morgen
Bis zur Nacht vorüberzieht.
Eine Mauer um uns baue
Singt das fromme Mütterlein.

6. Und am Abend tobt der Winter
An das Fenster schlägt der Nord
Schließt den Laden, liebe Kinder,
Spricht die Alte und singt fort
Aber mit den Flocken fliegen
Vier Kosakenpulke an.
Rings in allen Hütten liegen
Sechzig, auch wohl achtzig Mann.
Eine Mauer um uns baue
Singt das fromme Mütterlein.

7. Bange Nacht voll Kriegsgetöse,
Wie es wiehert, brüllet, schwirrt,
Kantschuhhiebe, Kolbenstöße.
Weh, des Nachbars Fenster klirrt
Hurrah, Stupai, Boschkai, Kurba,
Vinu, Gleba, Biba, Rack
Schreit und flucht und plackt die Turba.
Erst am Morgen zieht der Pack.
Eine Mauer um uns baue
Singt das fromme Mütterlein.

8. Eine Mauer um uns baue
Singt sie fort die ganze Nacht.
Morgens ward es still, o schaue
Enkel, was der Nachbar macht!
Auf nach innen geht die Türe,
Nimmer käm er sonst hinaus.
Daß er Gottes Allmacht spüre,
Lag der Schnee wohl mannshoch draus.
Eine Mauer um uns baue,
Sang das fromme Mütterlein!

9. Ja der Herr kann Mauern bauen.
Liebe fromme Mutter komm,
Gottes Mauer anzuschauen,
Sprach der Enkel und ward fromm.
Achtzehnhundertvierzehn war es,
Als der Herr die Mauer baut,
In der fünften Nacht des Jahres
Hat's dem Feind vor ihr gegraut.
Eine Mauer um uns baue,
Sing ich mit dem Mütterlein.


Variante zu Strophe 7, gebraucht in der Übersetzung
Text nach dem „Elsässischer Liderkranz Rixheim 1902

7. „Eine Mauer um und baue!“
Singt sie fort die ganze Nacht.
Morgens wird es still: „O schaue,
Enkel, was der Nachbar macht!“
Auf nach innen geht die Türe,
Nimmer käm er sonst heraus;
Dass er Gottes Allmacht spüre,
Liegt der Schnee wohl haushoch drauss.
   „Eine Mauer um uns baue!“
Sang das fromme Mütterlein.

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